Chacun se raconte en frissonnant à sa manière les détails du scénario abominable : viols, incestes, séquestrations, enfants de l’ombre, enfants martyrs,
nouveaux-nés abandonnés ou dévorés par les flammes, et puis ce temps qui n’en finit pas de s’écouler, vingt-quatre ans ! Et puis tous les autres, à commencer par une mère, qui ne voient
rien, qui n’entendent rien, qui vivent avec sous leurs pieds un univers parallèle dans lequel se déchaînent, en deçà de toute Loi ou de toute morale, les fantasmes les plus abominables…
Comment est-ce possible, comment peut-on, comment a-t-il pu ? Avons-nous basculé à pieds joints dans l’univers de l’impensable, de l’innommable, de l’irreprésentable ?
Et pourtant.
Un roman rencontre aujourd’hui un succès hors du commun. Il s’appelle Millénium et, malgré ses trois volumes et ses deux mille pages, il est en passe de battre tous les records des
ventes dans la plupart des pays du monde. Sans vouloir en révéler l’intrigue pour les quelques lecteurs qui auraient encore échappé à ce raz-de-marée, il conjugue tous les ingrédients du
drame d’Amstetten : famille suédoise dominée par un tyran sexuellement déséquilibré, séquestrations dans une cave sous la propriété familiale, viols, incestes, disparitions et tortures en
tout genre dans un contexte de passé aux relents nazis.
Et pourtant.
Un autre roman, considérable, Les Bienveillantes, remporte il y a peu tous les prix littéraires. Il dissèque sur huit cents pages l’âme d’un homme qui s’enfonce toujours plus loin
dans l’horreur de l’Allemagne hitlérienne, témoin et acteur du vertige de la toute-puissance, de la toute jouissance et de la domination.
Et pourtant.
Un homme, Autrichien lui aussi, a révolutionné le monde, en dévoilant en chaque être humain un monde parallèle peuplé de désirs incestueux, de fantasmes sexuels les plus étranges, de
fantasmes d’emprise les plus monstrueux. Les animaux n’ont inventé ni les sex-shops, ni les chambres à gaz. Freud situe les fondements mythologiques de l’humanité dans la «horde primitive»
placée sous le pouvoir du Père tyrannique tout puissant qui possède toutes les femmes du clan, à commencer par ses propres filles. La civilisation advient lorsque les fils se révoltent et
assassinent le père incestueux. Il dévoile à travers ce mythe les fantasmes masculins les plus archaïques (et les femmes hébergent comme les hommes des fantasmes masculins, mais souvent
dans une moindre mesure…)
Alors bien sûr, il y a sur terre des ogres, des fous et des bourreaux, et d’autres pour qui la compassion, le souci d’autrui ou le respect ont un sens.
Fritzl est un monstre qui mérite l’enfermement à vie et fait même envisager à certains la réhabilitation de la peine de mort. Le qualifier de fou, le reléguer dans un univers parallèle, le
faire disparaître ne suffirait cependant pas à effacer cette abomination.
La passion Millénium a du sens. À travers celui qui a franchi toutes les barrières, c’est notre humanité que nous ne finissons pas d’interroger.
L’univers clos de la cave d’Amstetten nous fascine car il est à la mesure de cet inconscient qui se déchaîne. Il nous terrorise par ce qu’il dévoile. Il remplit d’horreur car l’humanité
consiste à lutter contre la barbarie, pas seulement contre l’autre, mais aussi à l’intérieur de nous. Et cette lutte-là est quotidienne…
• Serge Hefez •






Pour son ouvrage, "150 petites expériences de
psychologie des médias", qui vient de sortir, mi-mai, il a rassemblé nombre d'expériences menées, en laboratoire ou en conditions réelles, par des chercheurs de tous horizons, qui peuvent
être aussi bien étologues, sociologues, biologistes, économistes ou encore psychanalystes.
Lui qui affirme que "zapper nous frustre" a aussi recours à des recherches en économie, et notamment la théorie de l'allocation
optimale des ressources (prix Nobel 1979) et la théorie des jeux (prix Nobel 2005), pour expliquer ce qu'on appelle "l'aversion aux pertes". Une théorie qui infuse le dispositif d'une
émission comme "A prendre ou à laisser", de l'animateur Arthur, diffusée de 2004 à 2007 sur TF1, qui consiste à faire découvrir aux candidats combien ils auraient pu gagner.
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