[le billet de caphi] Qui (en) parle ?

Publié le par caphi

cocktail-au-Prix-de-Flore-18-11-2004-Paris.JPGDans l'actualité politique, sociale et culturelle, du Sarkozy l'américain à la Gallimarredesque remise des prix littéraires, congratulations autour de petits fours germanopratins, il n'y a que louanges et lauriers pour les uns et les autres, représentants du "prêt à penser".
 
Sur les plateaux télévisés, toujours les mêmes intervenants. A l'heure où le citoyen lambda est déjà sous la couette, des philosophes et politologues estampillés spécialistes parlent au nom du peuple et décryptent l'actualité.
 
Pendant que la ministre de l'Éducation Nationale se justifie face à la grogne montante des étudiants, que Brice Hortefeux organise l'immigration économique, que les officiers de police font  du zèle [Le Figaro], pendant qu'à l'approche de l'hiver, la situation s'enlise pour les laissés-pour-compte de notre société [Pas d'avancée pour les mal-logés de la rue de la Banque / Témoignage sonore d'une mère en colère [L'Express], La « meute » au chenil [Libération], la gauche institutionnelle se tait et laisse plutôt faire. En espérant des lendemains meilleurs pour elle ?
 
Après le rachat du quotidien Les Echos par l'homme d'affaires Bernard Arnaud, les journalistes, eux, ont des raisons d'être inquiets. [L'indépendance de la presse économique française en jeu, Courrier International].
 
Pourtant, la presse, schizofrénétiquement (je viens d'inventer ce mot), préfère se passionner pour le cas de Romain Dupuy ["J'ai pris l'infirmière pour un mort-vivant" Le Figaro, Dupuy, le terrifiant récit Le journal du dimanche en ligne, «Je me prenais pour Predator» Libération]
 
Aujourd'hui, c'est pourtant LA journée des intersexué(e)s.  "A l'heure où l'on dénonce l'excision, un nombre considérable d'enfants sont légalement mutilés en France. Parce qu'ils sont nés avec des organes génitaux différents des standards garçon/fille..." (lire plus bas).
 
Mais qui en parle ? Qui informe ? Que dit la presse ? Rien.
 
"Paroles, paroles..." chantait la merveilleuse Dalida, chérie des bobos du Marais.
 
On a encore du soucis à se faire pour la démocratie représentative et des choix des éditorialistes.
 
caphi, journaliste transgenre

photo : cocktail au Prix de Flore (Paris VIe, 18-11-2004)
 
> Lire aussi mon blog Différences - http://caphi.over-blog.fr - consacré à la transidentité

[l'évènement] ce jeudi 8 novembre 2007, journée des personnes intersexuées
A l'heure où l'on dénonce l'excision, un nombre considérable d'enfants sont légalement mutilés en France. Parce qu'ils sont nés avec des organes génitaux différents des standards garçon/fille, on les normalise chirurgicalement au moyen de l'ablation de leurs organes de plaisir, gland supposé trop petit ou clitoris supposé trop grand. Ces opérations sont tellement taboues qu'on « omettra » de les annoter dans le dossier médical et on se gardera bien de révéler à la personne concernée qu'elle a été assignée.
Ceux d'entre nous qui ont fini par découvrir ce qui leur avait été fait, ont souvent trouvé du soutien et de la compréhension dans un témoignage vieux de plus d'un siècle : les mémoires d'Herculine Barbin ( Michel Foucault, Herculine Barbin dite Alexina B, Gallimard, 1978, EAN : 9782070299607 ).

Née le 8 novembre 1838 à St. Jean d'Angély, Herculine Barbin est déclarée de sexe féminin. Elle grandit dans une institution pour jeunes filles où elle reçoit une éducation d'institutrice. A l'âge de 22 ans, elle ressent de violentes douleurs au ventre et doit consulter un médecin qui découvre des organes génitaux qu'il qualifie de masculins. En quelques mois, Herculine est encouragée par les médecins et son confesseur à « devenir » juridiquement un homme. Elle devient Abel Barbin et perd son statut d'institutrice. Rejetée de tous, vivant dans la misère et ne trouvant pas sa place dans la société, elle mettra fin à ses jours en février 1868. Près de son corps a été trouvé un manuscrit dans lequel elle raconte son vécu.
100 ans après, ce texte n'a rien perdu de sa force, bien que tronqué par deux fois : en 1874, lors de sa première édition puis en 1978, lors de sa réédition par le philosophe Michel  Foucault. Mais plus étonnant encore, malgré l'émergence des questions de genre au cours de ces trente dernières années en Occident, rien ou presque n'a changé pour les hermaphrodites, appelés désormais intersexes ou intersexués.

Nous sommes peu nombreux à avancer à visages découverts mais aujourd'hui, 169 ans après Herculine, nous crions notre existence et notre droit à disposer librement de nos corps, le droit de choisir de se vivre en homme en femme ou différemment, mais certainement pas que d'autres choisissent à notre place par des mutilations définitives au nom d'un ordre moral que malgré nous nous remettons en cause.

A voir :
xxy1-petit.jpg•  XXY, de Lucia Puenzo
(Argentine-Espagne-France, 91 min., 2007)
Un film très juste sur l'intersexualité qui montre bien que nous ne sommes ni des monstres, ni des ambigus et que bien souvent, nous aimons nos organes génitaux et ne souhaitons pas être autre chose que ce que nous sommes. Ce film a obtenu le Grand Prix de la Semaine internationale de la Critique cette année. Nous espérons qu'il permettra un éclairage nouveau auprès du grand public.
 
> Projection en avant-première, le mardi 13 novembre 2007 à 20h30 au Rex 2 à Paris (http://www.ffglp.net/)
Sortie en salles prévue pour le 26 décembre 2007
 
•  Le mystère Alexina de René Feret
(France, 96 min., 1985)
Inspiré du manuscrit d'Herculine Barbin
Samedi 17 novembre 2007 à 12h00
Cinéma Rex 2, Paris
•  L'hypothèse hermaphrodite de Alain Burosse
(France, 26 min, 1997)
Un documentaire historique sur l'hermaphrodisme
Samedi 17 novembre 2007, juste après Le mystère Alexina
•  L'ordre des mots par Cynthia et Melissa Arra
(France, 75 min., 2007)
Un reportage sur des militants des questions de genre dont un intersexe. La projection sera suivie d'une rencontre-débat.
Dimanche 18 novembre 2007 à 12h30, Cinéma Rex 2, Paris

Pour en savoir plus :

http://www.intersexualite.org

Contacts :
Vincent Guillot
vincentguillot608@gmail.com
+33 (0)2 96 24 94 81

Arthur Cocteau
arthurcocteau@gmail.com
+33 (0)6 42 49 35 21

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