[le billet de caphi] "On achève bien les cheveux !"

Publié le par caphi

Tout est parti d'une annonce parue sur le site de l'ANPE-spectacle : "Urgent : le Théâtre du Rond-Point recherche, pour la figuration du spectacle de Rodrigo Garcia du 8 au 18 novembre 2007, 15 jeunes femmes aux cheveux longs acceptant de se faire raser la tête pendant le spectacle (rémunération 200 euros brut)."
 
"C'est une annonce pour l'ANPE qui ne paye pas de mine. Bien sûr, il ne s'agit que d'un job de quatre heures. Mais, en regard du tarif des figurants, ces quatre heures ne sont pas trop mal payées, 200 euros brut ! Et puis, même les débutantes sont acceptées !... " écrit Philippe Cohen dans Marianne en préambule de son article : "Au théâtre de Rodrigo Garcia, on se paye des tondues pour 200 euros ! ". Vient ensuite l'objection : "Il y a quelque chose de dégueulasse à exploiter la détresse d'actrices prêtes à tout pour exercer ce qu'elles croient être leur métier mais qui n'est en fait qu'un simulacre de jeu dans un simulacre de pièce (...) Ce metteur en scène très tendance a oublié que le théâtre était un jeu qui, en principe, mobilise le talent des metteurs en scène et des acteurs pour jouer et représenter la réalité, non pour la reproduire."
 
"La profession sort du marasme, un avenir radieux s'offre aux artistes" ironise, dans le même hebdomadaire, Fanny Carrel, comédienne et auteur de romans et de théâtre avant d'expliquer son opposition : "On pense également à Fantine, l'héroïne infortunée des Misérables, qui dut vendre ses cheveux, puis se faire arracher les dents pour nourrir sa petite Cosette. On n'en est pas encore aux dents, mais les cheveux vont bel et bien y passer. Encore Fantine ne fut-elle qu'une héroïne de roman, une créature imaginaire. Or ce n'est pas en imagination qu'on nous offrira au théâtre du Rond-Point le spectacle dégradant de cette mutilation « live »." (Lire ici la diatribe de Fanny Carrrel "En attendant qu'on lui arrache les dents !" à la suite de l'article de Philipe Cohen)
 
"En rappelant l'humiliation de la pauvreté, et celle de l'épuration, Fanny Carel touche deux points sensibles en France - surtout le second" analyse dans Le Monde du 8 novembre, Brigitte Salino dans son article "Tempête sur un crâne". "On peut comprendre qu'une femme rasée lui évoque ces images et qu'elle s'en émeuve. Est-ce une raison pour dénoncer "le spectacle dégradant de cette mutilation "live"" ? La journaliste ne prend pas vraiment partie et reprend même les arguments des organisateurs du spectacle : "aucune des femmes qui sont allées sur la scène à Rennes, ou iront à Paris, ne l'ont fait ni ne le feront "avec un fusil dans le dos". La critique rappelle également : "Quant à leur rémunération, elle correspond aux tarifs en vigueur..."
 
"Avec un fusil dans le dos" ? Certes non. Mais cette proposition étonnante, prêtant à caution, n'est-elle le signe avant-coureur pour d'autres dérives soit-disant artistiques ?
 
Ce théâtre-là ne se rapproche-t-il pas de la télévision-poubelle, pour s'attirer un nouveau public, celui avide d'images trash voire sadiques ?
 
Quelles que soient les qualités artistiques de l'auteur, à ce spectacle "tiré par les cheveux", je ne dirai donc pas mon "Chapeau" !
 
Après l'apologie de la tauromachie par Philippe Caubère, à l'occasion d'un débat organisé récemment par Télérama, on s'attendait à mieux dans ce théâtre dirigé par Jean-Michel Ribes où ce spectacle est joué tous les soirs jusqu'au 18 novembre.
 
caphi
 

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