[Mon spectacle coup de coeur] "Regarde Maman, je danse" au Théâtre des Abbesses

Publié le par caphi

16-11-REGARDE-MAMAN-JE-DANSE.jpg De et avec Vanessa Van Durme.
Née garçon, Vanessa est devenue actrice, un choix délibéré. Elle raconte. Les confidences bouleversantes d’une femme extraordinaire.

D
e ce spectacle bouleversant plein de sincérités, qui allie émotion et humour, on ressort révigoré(e). Une étoile est née et nous sommes au firmament !
Dépêchez-vous : il ne se joue que 5 jours à Paris !
caphi

"Regarde maman, je danse" de Vanessa Van Durme et Frank Van Laeke 

Du 20 au 24 novembre aux Abbesses (Paris XVIIIe)
 
i d e n t i f i c a t i o n  d ’ u n e  f e m m e

Vanessa-Van-Durme-dans-Regarde-maman--je-danse.jpgUne table en formica et deux chaises, l’espace sobre et intime d’un coin de scène transformé en cuisine minimale… Le lieu idéalement simple choisi par le metteur en scène Frank Van Laecke pour faire entendre les confidences d’une femme extraordinaire, celles de la comédienne Vanessa Van Durme. C’est dans un déshabillé de soie rose et pieds nus qu’elle nous accueille depuis le plateau pour nous conter son histoire, celle du premier transsexuel de la ville de Gand. L’épopée d’une Madone réinventée et les multiples embûches d’un chemin de croix aboutissant à la libération d’une âme prisonnière qui savait ne pouvoir exister que dans un corps de femme.
 
Vanessa Van Durme
Lorsque naît Vanessa Van Durme, en 1948, elle est donc un garçon, qui entre au conservatoire de sa ville natale : Gand. Et fait ses débuts dans la compagnie NTGent. C’est en 1975 que, ayant mûri sa décision, elle devient femme dans une clinique marocaine. Elle erre longtemps. Puis elle écrit des comédies pour la télévision publique flamande, pour la radio belge. Et pour le théâtre, où, en 2000, à la demande d’Alain Platel, fondateur des Ballets C. de la B., elle revient. Dans Tous des Indiens (au Théâtre des Abbesses, en 2000) elle est une mère de famille nombreuse. Regarde maman, je danse est d’abord un livre, qu’elle retravaille pour la scène, qu’elle joue en anglais, français, espagnol dans toute l’Europe et aux États-Unis. Elle prépare un spectacle : Femme blanche (titre provisoire) qui se déroule au Maroc aux débuts de la colonisation. Elle veut continuer à se battre contre toutes les intolérances.
 
http://www.theatredelaville-paris.com/theatre/regarde-maman-je-danse.html (réservez votre place)

Théâtre des Abbesses du mardi 20 au samedi 24 novembre à 20h30
Infos/ résa : 01 42 74 22 77 - www.theatredelaville-paris.com 

Critique
Vanessa, homme devenu femme
Article paru dans l'édition du Monde du 22.11.07
Vous avez peut-être vu, en 2000, Vanessa Van Durme dans Tous des Indiens, du chorégraphe et metteur en scène Alain Platel. Elle jouait une mère d'une famille souveraine, malgré la pauvreté. La revoilà, dans Regarde maman, je danse, écrit et joué par elle seule. Vêtue d'une combinaison rose, pieds nus, elle raconte son histoire. Celle d'un bébé de cinq kilos qui naît en Belgique, en 1948. Un garçon. Mais comme il est étrange, en grandissant, cet enfant. S'amuser avec des voitures ne l'intéresse pas. Se déguiser en pirate non plus. Au fond de lui, il sent - il sait - qu'il est une fille. 
Accepter d'être ce que l'on est, dans le cas de Vanessa, c'est faire un long chemin pour le devenir. En se laissant pousser les cheveux et des seins, d'abord. Puis en allant à Casablanca, en 1975, pour se faire enlever ce sexe d'homme qui ne lui a jamais semblé lui appartenir ("un petit demandeur d'asile, qui voulait rester là, mais ça n'allait pas"), et le remplacer par un vagin. Ainsi, Vanessa devient "la première transsexuelle de Belgique". A une époque - celle du film de Rainer Werner Fassbinder L'Année des treize lunes - où la médecine ne fait pas dans la dentelle, et le regard des autres, pas de cadeaux.

"Tu regrettes ?" demande la mère à sa fille, avant de mourir. "Je ne sais pas. Je ne pouvais pas faire autrement." Pas faire autrement que d'arrêter d'être acteur, après les études aux Conservatoire de Gand (on veut lui faire jouer Roméo, elle se sent Juliette), puis de passer par des années de prostitution et, enfin, d'accepter que, quoi qu'elle fasse, elle sera toujours pour les autres "un phénomène". Mais c'est une femme tout simplement qui est là, sur scène, avec son mètre 90, sa combinaison rose et ses pieds nus.
Quand elle parle de la première fois où elle a été pénétrée par un sexe d'homme, son visage marqué est de toute beauté. "Je me suis sentie incroyablement heureuse. C'était si bon. Rentrer chez soi, arriver au port. Le voyage avait été si long." Un voyage que Vanessa raconte sans le masque de la pudeur, en faisant rire la salle aux éclats. Mais ces rires s'effacent peu à peu. Aux applaudissements, on sent que chacun aurait envie de prendre dans ses bras cette femme bouleversante. Parce que c'est une femme qui n'a jamais renoncé. Une leçon de vie.
 
Brigitte Salino

Regarde maman, je danse, de et par Vanessa Van Durme. Théâtre des Abbesses, 31, rue des Abbesses, Paris 18e. Mo Abbesses. Tél. : 01-42-74-22-77. Jusqu'au 24 novembre, à 20 h 30. De 12 € à 23 €. Durée : 1 h 30.

« Tu seras Roméo, je me sentais Juliette »

VANESSA VAN DURME, dans le sillage de ces artistes flamands qui ont le don de propulser l'humanité sur scène.

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Vanessa Van Durme, en un geste et deux phrases, plante un lieu, vous transporte dans sa tête, dans son corps, elle incarne, elle évoque… © Fred Debrock.

CRITIQUE par MICHELE FRICHE, lesoir.be, mardi 11 mars 2008

Sur le plateau dépouillé, deux poupées anciennes regardent le public. A droite, une table, deux chaises, une carafe et des mouchoirs de papier dessinent un espace de parole, de confidence. Et lorsqu'elle arrive, pieds nus, en combinaison rose, et que de sa voix androgyne elle nous plonge dans ce qui ressemble à une anecdote, nous savons que nous serons rivés à ses lèvres, chamboulés par son humour, par sa fragilité qui affleure à chaque instant sous une force conquise, bouleversés par son histoire, authentique, d'un homme devenu femme.

Ce petit garçon qui ne voulait pas se déguiser en pirate, mais en princesse, qui jouait avec les poupées de sa sœur et enfilait la combinaison de sa mère, c'est elle, Vanessa Van Durme, comédienne gantoise, dans le sillage de ces artistes flamands qui ont le don de propulser l'humanité sur scène, les Alain Platel, Arne Sierens, tout en écrivant pièces et scénarios, dont ce retour sur une vie de plus de cinquante ans : Regarde Maman je danse.

Le bon choix ?

Créé en 2006, à Gand (en flamand), ce monologue vient de se jouer (en français) au Théâtre de la Place à Liège avant de se poser à l'Ancre, à Charleroi. Et c'est à la fois un formidable moment de théâtre et un témoignage bouleversant qui dévoile la transsexualité, ses réalités, son chemin de croix, physique, psychologique en quête d'une nouvelle identité.

Pour ouvrir la première porte de son histoire, Vanessa Van Durme nous emmène au supermarché, de quoi conclure qu'être femme, ce n'est pas toujours glorieux. Mais choisit-on son sexe ? Non, pour presque tous… « Mais moi oui… Est-ce que j'ai fait le bon choix ? » La vie au quotidien, le regard des autres et l'interrogation existentielle, trois pistes pour refaire le trajet d'une vie : le fantasme de la naissance, les jeux d'enfance, le théâtre, le service militaire et un premier amour, l'opération à hauts risques au Maroc en 1975, la prostitution, le mariage avec un prisonnier jusqu'à la mort de la mère et l'aveu : « Est-ce que tu recommencerais ? Je ne sais pas. Je ne pouvais pas faire autrement. »

Articulé sur d'admirables face à face avec les parents, désarçonnés, inquiets, mais aimant à travers tout, Regarde maman je danse convoque tous les êtres qui ont noué les mailles de son histoire, avec parfois le secours des poupées, dans les bras. Cerné par la discrète et subtile mise en scène de Franck Van Laeke, c'est un exploit de funambule avec comme balancier un humour ravageur, un art de la métaphore, une manière de croquer les uns et les autres, de l'infirmière Fatima aux chauffeurs de taxi de Casablanca. En un geste et deux phrases, elle plante un lieu, vous transporte dans sa tête, dans son corps, elle incarne, elle évoque… Rien de pathétique, de provocant, d'impudique et pourtant tout est dit, joué, vécu !

> consulter également ma rubrique "théâtre" sur le Paris de caphi

Publié dans [aux Arts et caetera]

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