[forum] Paris est-il toujours Paris ?

Publié le par caphi

Alors qu'un débat crucial pour l'avenir de Paris s'engage, il est bon de réfléchir sur l'évolution et le rayonnement de la capitale française.
Une tribune signée Max Dupré, cofondateur du Perroquet Libéré.
 
Le-cin--ma-MK2-quai-de-Loire-dans-le-quartier-Jaur--s---Paris-XIXe---7-d--cembre-2007-copie-1.JPG
Fluctuat nec mergitur ? Le cinéma MK2 quai de Loire dans le quartier Jaurès (Paris XIXe - 7 décembre 2007) - photo caphi

Honoré de Balzac décrit Paris comme « une monstrueuse merveille, étonnant assemblage de mouvements, de machines et de pensées ». C'est un fait : tout au long de son histoire, le cœur de Paris n'a cessé de battre avec une étonnante vitalité. La densité et la diversité de son peuplement fait d'elle une ville en perpétuel mouvement, en constante transformation, en avant-garde du progrès social et de la production de l'âme.

Paris, c'est la montagne Sainte-Geneviève et son Université qui, dès le XIIème siècle, sous l'impulsion de Philippe Auguste, forge le rayonnement intellectuel de la France. De Paris sont nés les Lumières, mais aussi les intellectuels engagés comme Hugo et Zola, Jean-Paul Sartre et l'existentialisme. Des voix émancipatrices qui libèrent l'homme de leurs asservissements sociaux et communautaires.

Paris, c'est Belleville, Montmartre, le peuple en armes. Une ville rebelle qui, de la Fronde aux manifestations du Front Populaire, en passant par les barricades du XIXème siècle, porte haut l'idée d'égalité, au-delà de ses frontières.

Paris, cité courageuse, Paris, cité généreuse, qui garde son sang froid devant les Huns d'Attila avec Sainte Geneviève, qui assume le rêve utopique et désordonné de la Commune en offrant son poitrail à la mitraille de Thiers, qui se soulève spontanément à l'approche des Alliés en août 44 pour se libérer par elle-même.

Au-delà de ces engagements spirituels, qui forcent l'admiration des hommes à travers les siècles et les frontières, Paris est aussi la ville des plaisirs, de la fête et de la frivolité, des cabarets du XIXème, du swing et du jazz de l'après-guerre, des cinémas de quartier.

Ce sont les grands boulevards d'Haussmann, ces artères arpentées à toute heure du jour et de la nuit, illustrant la profonde vitalité de sa population.

Paris, capitale économique, bâtie par ses premiers habitants au carrefour entre les routes commerciales terrestres et fluviales, au cœur d'une région agricole des plus riches. Plus tard, elle est le siège de la Révolution industrielle, elle est la ville ouvrière qui bâtit le Grand Palais, la Tour Eiffel et le Pont Alexandre III. Le fer fait sa fierté.

Aussi n'est-il pas étonnant que Paris, ville du mouvement, du progrès et de l'innovation, ait été de tous temps entièrement ouvert sur l'extérieur. C'est l'immigration -interne et externe- qui a permis d'alimenter, des siècles durant, cette extraordinaire vitalité, faite de métissage et d'esprit de conquête.

Paris est bien la ville de toutes les ambitions et de l'ascension sociale, comme l'incarne à merveille le personnage stendhalien de Julien Sorel, un fils de charpentier du Doubs dont l'horizon s'éclaire en arrivant à Paris.

Sur le plan artistique, les principaux auteurs, peintres et musiciens qui ont contribué à faire la gloire de Paris, n'y sont pas nés : Montesquieu le Bordelais, Jean-Jacques Rousseau le Genevois, Renoir le Limougeaud, Cézanne l'Aixois, Pissaro l'Antillais, Stendhal et Berlioz les Dauphinois, Balzac l'Angoumois, Racine et La Fontaine les Champenois…

Aujourd'hui, le tourisme est une autre manière de s'ouvrir aux autres : Paris accueille chaque année 25 millions d'individus, soit plus de 10 fois sa population.

Paris est une ville faite pour les grandes ambitions, pas pour les petits projets.
Pour le mouvement et la fluidité, pas pour la congestion et la paralysie.
Pour l'universalisme et l'échange, pas pour le repli communautaire, les ghettos, l'homogénéité sociale, la négation de sa banlieue.
Paris est la capitale de la France, l'une des plus belles villes au monde. Elle n'a pas vocation à copier le rythme, le mode de vie ni l'aménagement urbanistique et paysager des villes et villages de province.

Paris doit redevenir une ville en mouvement et une capitale ouverte.
 

leperroquetlibere.com
, vendredi 04 Janvier 2008
 
 

Commenter cet article