Violences de masse : une encylopédie sur le web

Publié le par caphi

La première encyclopédie en ligne sur les violences de masse doit être mise en ligne jeudi soir. Le site massviolence.org sera inauguré à Sciences Po Paris, en présence de Simone Veil et de Esther Mujayawo, survivantes de la Shoah et du génocide rwandais.

C’est une "première mondiale". Il existe bien "des sites qui se penchent sur l’aspect quantitatif des massacres, surtout des sites scandinaves, ou l’angle juridique des crimes de masse comme le HRW ou Amnesty, mais aucun n’en offre une approche aussi globale", explique Jacques Sémelin, professeur au CERI.

Refus de "hiérarchiser" les massacres
Une cinquantaine de chercheurs du monde entier ont donc travaillé depuis 2004, sous la direction de l’auteur d’un ouvrage sur la genèse des crimes de masse, Purifier et détruire, pour élaborer cette encyclopédie centrée, de fait, sur le XXe siècle, l’un des plus meurtriers de l’Histoire.

Fiches pays, index chronologique, études de cas précis comme les déportations de Tchétchènes ou les émeutes de Calcutta dans les années 1940, état des recherches sur les génocides au Cambodge ou au Rwanda, glossaire et papiers plus théoriques seront disponibles gratuitement en anglais ainsi que dans la langue du pays concerné.

"Le sujet est plus que sensible", met en garde Jacques Sémelin. "Nous avons donc privilégié un accès le plus neutre possible aux informations". Il se fera par un index chronologique ou une carte du monde, par "refus de hiérarchie des massacres".

Le pari de la lenteur
Pour la même raison, le processus de validation de toute contribution par un comité scientifique sera volontairement rendu long et complexe. "Nous avons fait le pari du web, un obstacle d’ailleurs pour certains chercheurs attachés aux publications papier… Mais aussi le pari de la lenteur. Rien à voir avec Wikipédia: on ne pourrait pas se permettre d’opter pour une démarche participative de ce type", souligne-t-il. Il sera ainsi permis de voir où en est cette validation, par "souci de transparence".

Des mots comme Shoah, Rwanda ou Cambodge font tristement penser au terme "génocide". Alors pourquoi ne pas avoir choisi de mettre en avant cette notion de plutôt que celle de "violence de masse"? Là encore, par souci de neutralité et d’universalisme.

Eviter le terme polémique: "génocide"
"4 millions de personnes sont morts au Congo dans les années 1990 à cause de massacres propres à la guerre mais aussi par manque de soins sanitaires et de nourriture. Comment appelez-vous cela? Il n’y a pas de mot", explique Jacques Sémelin. Sans compter les manipulations de l’histoire des massacres ou les simples divergences d’opinion sur le sens du mot "génocide".

Quant aux violences de masse déjà commises en ce début de XXIe siècle, elles ne seront traitées qu’ "avec du recul et si nous avons des moyens de donner la parole à des chercheurs pour avoir une analyse". Le financement du projet a été assuré jusqu'à présent par Sciences Po Paris et le CNRS. "Nous espérons de nouvelles contributions financières" pour poursuivre "ce travail monstrueux". Et sans doute, malheureusement, sans fin.

source L'Express, Marie Simon, jeudi 3 avril 2008

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