"Le début de la faim" par Danielle Mitterrand

Publié le par caphi

Je sais, ce titre est un peu facile et provocateur, mais il s’est imposé à moi à la lecture de l’interview de Jean Ziegler dans Libération.

Le début de la fin, pour qui ? Pour ces populations qui ont vu leurs richesses pillées par les prédateurs financiers, ces femmes et ces hommes qui en meurent aujourd’hui et auxquelles des aides conjoncturelles vont être accordées comme des soins palliatifs. Ils soulageront surtout la conscience de ceux qui ont organisé cette misère pour dominer le monde.

Ils sont fichus d’organiser un Téléthon dans une mise en scène style « reality show » qui vous bouleversera, certes, mais grâce auquel ils se feront encore de l’argent sur votre émotion.

Ma petite jugeote me conduit à la pire des lucidités : après les dégâts causés par la politique économique dominante consistant à « faire de l’argent » de tout bois, après la consommation à outrance des ressources énergétiques qui donnent aux pays riches toutes les licences au mépris des richesses terrestres, voici qu’ils en sont arrivés à exploiter les céréales, la nourriture des hommes et des bêtes pour répondre aux exigences de leurs nombreuses voitures et de la spéculation sans fin.

Dans la partie qui se joue entre le nord et le sud, la pénurie, une fois encore a choisi son camp. Alors que la planète peut assurer la nourriture de la population mondiale, on assiste depuis quelques années à une réduction drastique des productions agricoles alimentaires et au renchérissement de toutes les matières premières. La nouvelle crise qui vient d’éclater n’est pas due, comme le souligne Jean Ziegler à des événements conjoncturels auxquels les agriculteurs, les agronomes, les pouvoirs publics pourraient apporter rapidement des solutions, mais à des causes structurelles c’est-à-dire des dispositions et des mesures intentionnelles sur lesquelles les responsables, guidés par la seule recherche du profit, n’ont pas l’intention de revenir. Quelle belle stratégie ! :

- Tout d’abord réduire les surfaces agricoles dédiées aux productions alimentaires au profit des cultures indispensables à la production de biocarburant. C’est ainsi que « entre 20% et 50% de la production mondiale de maïs et de colza ont été détournés de leur destination initiale » dixit Bob Zoellick du FMI.

- Cette décision, par ailleurs criminelle pour l’environnement, concourt à renchérir toutes les denrées alimentaires et à orienter la spéculation sur des biens vitaux (céréales, produits laitiers, huile….) Autrement dit, les ressources alimentaires sont devenues de nouvelles causes d’enrichissement au détriment des populations qui ne peuvent ni produire ni acheter.

- Rendre impuissants ceux dont la tâche est justement d’organiser une juste répartition des ressources alimentaires, notamment le PAM (programme alimentaire mondial) et le FMI… Dominique Strauss-Kahn, cité par Libé, confesse son impuissance : « Si le prix de l’alimentation continue à augmenter (…) des centaines de milliers de personnes vont mourir de faim (La Palice n’aurait pas mieux dit), ce qui entraînera des cassures dans l’environnement économique et parfois la guerre ». Nous voilà prévenus !! Mais, que fait donc le FMI ?

N’en appelons pas à la fatalité sous prétexte que la population mondiale est concernée dans son ensemble.

Aujourd’hui, comme en 1789, les pauvres viennent en masse s’agripper aux grilles du château de Versailles pour réclamer du pain au boulanger, à la boulangère et au petit mitron. On sait comment tout cela a fini…

source : Libération transmis par Altermonde-sans-frontières

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