[ciné] "Sous les bombes" de Philippe Aractingi

Publié le par caphi

Ma critique : Road-movie à travers un Sud Liban dévasté, cette histoire d'amour filial vous emmène au coeur des hommes et des femmes qui font ce pays malheureusement meurtri. Magnifique.


Zelna vit à Dubaï. En plein divorce, elle décide d'envoyer son fils Karim chez sa soeur, à Kherbet Selem, un petit village du Sud Liban, pour le protéger des disputes conjugales. Quelques jours plus tard, la guerre éclate. Folle d'angoisse, Zelna part aussitôt pour le Liban via la Turquie. Mais avec le blocus, elle n'arrive au port de Beyrouth que le jour du cessez-le-feu. Elle y rencontre Tony, le seul chauffeur de taxi qui accepte de la mener dans le Sud.

**** Sous les bombes de Philippe Aractingi (France, 1H30) avec Nada Abou Farhat, Georges Khabbaz, Bshara Atallay

La critique [evene]
La note evene : 4/5La note evene : 4/5  le 16 Mai 2008 par Mathieu Menossi

Dans sa conception même, ‘Sous les bombes’ est né d’une nécessité existentielle. Un objet cinématographique entre vie privée et vie artistique, où la caméra sert de vecteur à une catharsis absolue. A la fois soupir désabusé, appel au secours et cri de rage, ‘Sous les bombes’ est un road-movie à la progression chaotique dans un Liban éventré. Quatre comédiens composent avec la réalité quotidienne de ce pays ravagé par la guerre. Réfugiés, journalistes, militaires, religieux et militants. Tous se sont improvisés acteurs, rendant compte avec plus ou moins de conscience du spectacle putride de ce Liban noyé dans la tourmente. Et tel Charon dans sa barque voguant sur le Styx, le chauffeur de taxi Tony transporte Zeina, poursuivant une ombre au pays des morts, celle de son fils Karim. Dans leur périple, ils croisent la destruction, le deuil, la haine. Mais aussi l’espoir et ces petits hasards aux allures de grands miracles. On danse, on sourit, on fait même l’amour. L’urgence et la précarité dans lesquelles a été tourné le film lui confèrent une force dramatique intense et permanente, ne laissant que peu de répit au spectateur. Le réalisme de la réalisation procède d’une image numérique à la vitalité presque effrayante, tremblant sous les tirs de roquettes. Une image aux convulsions nerveuses, presque organiques. ‘Sous les bombes’ se veut un grondement de résistance contre la guerre, et non une attaque haineuse contre Israël. L’intelligence du cinéaste est d’avoir su introduire la fiction dans la réalité, une démarche inédite où les frontières entre réel et irréel s’effondrent, repoussant ainsi les limites d’un genre habituellement destiné au reportage et au documentaire.

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