Sortir du capitalisme ?

Publié le par caphi

Edito de Noël Mamère du lundi 13 octobre 2008 sur son blog noelmamere.fr

La crise financière envahit tout. Nous sommes devenus des addicts du CAC 40, des accros du Dow Jones, des drogués de la Bourse. Un climat de peur répandu par ceux là même qui devraient faire preuve de sang froid, submerge la partie du monde où l’on ne crève pas de faim mais de crédit. Chaque jour qui passe nous montre que l’égotisme de nos dirigeants, la cécité de la classe politique et médiatique équivaut à celle qui présidait en 1929, entre les deux guerres, quand la grande dépression prit à la gorge le monde occidental, précipitant la montée au pouvoir des fascistes dans une grande partie de l’Europe et annonçant la guerre. Si nous n’en sommes pas encore là, le spectacle de ces milliards injectés à fonds perdus dans l’économie virtuelle sonne le glas des illusions répandues par les libéraux, ultra, modérés, voire sociaux, qui depuis des années nous contaient fleurette.

La crise est systémique et non conjoncturelle. Ceux qui pensent que tout redeviendra comme avant après la « purge », inventent une nouvelle fable. La vérité est que si nous faute de s’attaquer aux racines du mal, la crise continuera. Après la crise asiatique, l’explosion de la bulle Internet, les « subprimes », le crash des banques, la récession va maintenant s’attaquer à l’économie réelle. Ce ne seront plus les cotations boursières qui nous affoleront, mais les licenciements, les expulsions, le chômage de masse, l’endettement des familles. Les mesures prises actuellement sont un pansement sur une jambe de bois. On s’attaque aux parachutes dorés de quelques grands patrons mais on ne fait rien contre les paradis fiscaux, bastion des spéculateurs de tout poil. On nationalise les banques, mais sans mettre fin au secret bancaire et sans ouvrir les livres de compte pour rendre enfin transparent ce monde opaque de la grande finance. On prend aux pauvres pour sauver les riches mais on ne taxe pas les transactions boursières et la circulation du capital. Résultat assuré : lorsque le déclin virtuel devient réel et que les bulles explosent les unes après les autres, le système s’attaque directement à la vie des gens, les faillites se multiplient, le chômage progresse, et l’économie connaît une situation de déflation réelle.

Plusieurs éléments différencient la phase que nous connaissons de la succession ininterrompue des crises antérieures :

1 - La crise que nous vivons correspond à la fin d’un cycle politique, celui de l’hégémonie américaine, commencé dans les années 1970. Les pays émergents, l’Europe, même désunie, lui contestent son leadership. Les Etats-Unis, endettés jusqu’au coup, engagés dans une guerre mondiale contre le terrorisme qui contribue à cet endettement, sont incapables de reprendre la main face au reste du monde.

2 - La convergence des crises financière, sociale, climatique, énergétique, alimentaire, amplifie la crise et lui donne un caractère inédit. En 1929, l’issue de la crise, c’était la guerre plus la civilisation de l’automobile. Aujourd’hui, nous entrons dans la civilisation post- pétrolière.

3 - Le capitalisme ne parvient plus à "faire système", à retrouver l’équilibre. La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu’alors, et l’on voit émerger une lutte entre tous les acteurs pour survivre.

4 - Le capitalisme capte le profit là où il est le plus important, à un moment donné ; il ne se contente pas de petits profits marginaux mais il les maximise, en constituant des monopoles, comme dans les biotechnologies et les technologies de l’information. Mais les possibilités d’accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le penseur de la mondialisation, Emmanuel Wallerstein, estime que « les trois courbes mondiales, des prix de la main-d’œuvre, des matières premières et des impôts, sont partout en forte hausse depuis des décennies.

La courte période néolibérale qui est en train de s’achever n’a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu’en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu’en 1945 ». Autrement dit, nous sommes entrés dans une crise de transition qui cumule l’effet conjoncturel et la longue durée. La mutation ne fait que commencer, un peu à la manière de la sortie du féodalisme aux XVème et XVIème siècle. L’enjeu est de taille : transformer en son contraire un système entièrement basé sur le profit. Notre génération qui a connu l’envers du capitalisme - c’est-à-dire le capitalisme d’Etat en Union soviétique imagine mal que le marché puisse se donner des instruments de régulation qui réorientent le développement vers un autre possible. Pourtant, c’est de cela qu’il s’agit. Le capitalisme est le système qui a su produire le plus de biens et de richesses. Mais les destructions sociales et environnementales qu’il a engendrées l’amènent droit dans le mur. Faire émerger de nouvelles solutions est notre tâche collective. Tout le reste n’est que cautérisation, certes utile pour empêcher l’effondrement généralisé du système, mais qui ne fera que retarder l’échéance.

La crise est une chance. C’est le moment de réorienter la répartition des richesses, et d’utiliser les investissements au service de ceux qui en ont besoin. Ecologie ou barbarie : nous sommes à la croisée des chemins.

Noël Mamère, le 13 octobre 2008

P.S. 1 : Qui connaît Bernard Accoyer ? Ce monsieur est président de l’Assemblée nationale. Il a proposé sans rire la semaine dernière l’amnistie fiscale pour les voleurs et les fraudeurs qui reviendraient placer leur argent en France. Il fallait oser. Il a osé, gagnant ainsi le prix de l’escroc politique du mois.

P.S. 2 : Le 16 octobre, à l’occasion de la Sainte Edvige, une manifestation réunira tous les opposants au fichage. Lorsque l’on sait qu’un courrier des RG adressé au conseil régional de Rhône-Alpes demande : « auriez vous l’amabilité de m’indiquer si, parmi votre personnel, vous avez des gens de confession autre que chrétienne » on comprend que malgré les circonvolutions de MAM et de Sarkozy, il faut être plus que jamais vigilants face au fichage. Durant la crise, la chasse aux boucs- émissaires est ouverte....

http://www.noelmamere.fr/article.php3?id_article=1240

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