Du changement en Amérique... et en France

Publié le par caphi

Par Vincent Duclert, Mediapart, 04 nov 2008

Tout à l’heure, nous saurons si le changement aura lieu en Amérique, changement dans la politique, dans la pratique du pouvoir, dans la conception de la démocratie, dans le progrès de la société. L’élection de Barack Obama signifiera ce changement.

D
éjà, la campagne menée par le candidat démocrate et la réussite de son investiture constituent un tournant sans précédent pour les Etats-Unis et pour le monde. Sur ce blog, nous avions proposé une réflexion sur la fascination française pour Obama, fascination qui traduisait aussi selon nous la frustration qu’aucune évolution politique comparable ne s’esquisse en France, particulièrement à gauche, là où s’offre le spectacle de la désespérance ou du suicide en politique. Au choix.

 

Hier, malheureusement, nous avons eu un nouvel exemple de cette stratégie de l’autodestruction. François Hollande, à la tête du Parti socialiste pour quelques semaines encore, répondait aux questions du journal Le Monde daté du 4 novembre 2008. A la question des leçons qu’il pourrait tirer de la campagne de Barack Obama, François Hollande répondit : « La principale est qu’il a réussi à être très concret. Personnellement, j’en ai tiré la conclusion qu’il faut arrêter, au Parti socialiste, de faire des promesses à tout le monde et d’empiler les propositions. »

Obama a donné quatre axes concrets à sa campagne, comme il le relève ensuite : « l’accès de tous à la santé, l’éducation, la croissance économique, la réforme fiscale ». Cependant, omet de préciser François Hollande, il l’a fait dans le cadre d’un engagement politique sur des thèmes essentiels que sont la nation, la démocratie, le pouvoir, l’histoire.

Le dirigeant socialiste a oublié les grands discours d’Obama, par exemple sur la question raciale à Philadelphie, du 18 mars 2008, qui ouvrait avec la constitution américaine. Y compris dans les débats l’opposant à John Mc Cain, Obama a toujours ancré ses propositions concrètes dans un effort de pensée voire de philosophie politique. Le concret est essentiel. Mais s’il est séparé d’une perspective intellectuelle, de la volonté de faire penser les électeurs et les citoyens, il devient une sorte de technocratie indigeste et inquiétante.

François Hollande ignore cela malgré lui, prisonnier qu’il est d’une idéologie du socialisme français qui récuse toute réflexion sur la nature de la politique, les enjeux de la démocratie, l’histoire même du parti. Certes, les socialistes de parti répondront que cela est faux. Mais l’observation lucide et critique de l’histoire du socialisme majoritaire le montre clairement.

Obama a bien compris pour sa part la faute de John Kerry. Le candidat démocrate de 2004 s’était certes engagé dans des dossiers, dans des questions concrètes, mais il n’avait pas défendu de vision de l’avenir, de conception de l’histoire ni de pensée de la politique. Sa défaite avait été sans appel face à l'ultra-conservatisme. Libre aux socialistes de persister dans ce refus de la réflexion sur eux-mêmes, sur leur histoire et sur la démocratie présente.

Mais le changement probable aux Etats-Unis devrait les faire méditer sur la nécessité, pour eux, de retrouver l’ambition politique qui fut celle de Jaurès ou de Blum. Et de ne pas croire qu’un effort pour penser le changement ne se réduirait qu’à faire des « promesses à tout le monde ». S’il y a bien quelque chose qu’un parti comme le PS devrait faire, c’est d’amener militants et futurs électeurs, à retrouver le chemin de la critique politique et de la fierté intellectuelle. Pour remettre de l'espoir en France !

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