La France en mal de vision collective

Publié le par caphi

La France en mal de vision collective


Dans un magasin de chaussures, quartier des Halles (Paris, 1er) le 22 février 2010 -  photo caphi

sommaire

[les dits tôts de caphi] NUISANCES
[la brève] Ile-de-France : les vélos bientôt autorisés à La Défense ?
[étude] L'impact de la crise sur la pauvreté sera «considérable»
[rapportLa France en mal de vision collective
[tribune] Donner de vrais moyens à la Halde ! par Jean-Luc ROMERO
[focus] Droits et santé des personnes transgenres : ça bouge, mais pas assez
 
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[les dits tôts de caphi] NUISANCES

Alertes, études, rapports... les informations récentes qui parviennent jusqu'au citoyen donnent à penser que la France est un pays qui recule et que les Français se seraient résignés face à la crise et seraient devenus fatalistes.

Attention, ce n'est qu'apparence. L'eau qui dort n'est qu'une petite source qui risque de se transformer en torrents de fureur avec les risques des dégâts en cascades.
 
D'année en année, de gouvernements de gauche en gouvernements de droite, plus ou moins libéraux et populistes, la France s'enfonce dans une dépression et se regarde son beau "nombril" - "la patrie des Droits des l'Homme" - pendant que d'autres "grandes" nations avancent et innovent.
 
Un des principaux handicaps de la France, c'est de (se) "désespérer" et surtout de mettre de côté trop souvent ses "forces vives", ses "créateurs" de lien social, ses "différences" au profit d'une vision comptable et à court-terme.
 
En excluant les petits, les sans-grade, les exclus de la mondialisation qui sont les premières victimes de la "crise" -  qui pourtant inlassablement tentent de sortir la tête de l'eau et de faire reconnaître leurs talents -, on prend le risque d'une désagrégation sociale aux conséquences imprévisibles.
 
En mars 1968, quelques semaines avant que la France s'embrase, le journaliste Pierre Viansson-Ponté écrivait dans Le Monde, un éditorial prophétique : "La France s'ennuie".
 
Aujourd'hui, il pourrait écrire : "La France se nuit".
 
Caphi
 
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[la brève] Ile-de-France : les vélos bientôt autorisés à La Défense ? Officiellement interdits, les deux-roues pourraient faire leur retour sur le parvis. Une étude vient d’être lancée pour trouver des solutions adaptées. EN SAVOIR PLUS dans Le Parisien, 24/02/2010

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[étude] L'impact de la crise sur la pauvreté sera «considérable»
Enfin! Pour la première fois, une étude évalue l'«impact de la crise sur la pauvreté». Réalisée par l'OFCE, elle sera rendue publique jeudi 25 février. Mediapart se l'est procurée. Ses résultats sont inquiétants. Le chômage resterait perché à 10% environ en 2012, et la foule des chômeurs de longue durée grossira de 600.000 chômeurs d'ici là. La pauvreté va gagner du terrain: pour deux personnes perdant leur emploi entre 2007 et 2010, une ou deux pourraient basculer en dessous du seuil de pauvreté. «La hausse du chômage aura des conséquences considérables en termes sociaux», prédit le rapport. LIRE > Mediapart, 23 Février 2010 (sur abonnement)

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[rapport] La France en mal de vision collective

Le médiateur de la République, Jean-Paul Delavoye, a remis son rapport à Nicolas Sarkozy...

(source : 20minutes.fr, 24.02.10)

Excès de zèle, silence ou mauvaise volonté des administrations. Banalisation de la violence, défiance des usagers. Le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, dresse un tableau sombre des relations entre les Français et leur administration, dans son rapport annuel remis hier à Nicolas Sarkozy. Au point de décrire une société «en usure psychique». «Avant, on était usés par notre travail. Aujourd'hui, nous sommes usés par la vie, que ce soit dans la rue ou dans les transports», explique-t-il.

«L'avènement du chacun pour soi»

Le médiateur décrit une société fragmentée, en mal de vision collective. Selon lui, «finie l'époque des espérances collectives, on observe aujourd'hui l'avènement du chacun pour soi». Place donc à «l'usager consommateur», qui «consomme les professeurs ou les politiques selon son bon vouloir». Une manière de se protéger de l'autre, avec en toile de fond un sentiment sous-jacent d'injustice. «Désormais, ceux qui respectent la loi sont parfois moins bien traités que ceux qui passent outre», note Jean-Paul Delevoye.

Conséquence: un sentiment général de défiance et de suspicion parcourt l'ensemble de la France, à l'image des sociétés européennes. Et de pointer le revirement de la société hollandaise, passée d'extratolérante à intolérante, ou la montée de l'extrémisme en Autriche et en Italie. L'Europe dans son ensemble est victime de l'émergence d'un racisme social. «On ne pourra pas continuer cette compétition entre nous», prévient le médiateur de la République, qui préconise de reconstruire des règles de vie communes à travers «un pacte du vivre ensemble». Un thème qu'il espère voir émerger lors de la présidentielle de 2012.

L'administration pas épargnée

Cause du stress des usagers, l'administration n'est pas épargnée par le rapport. Le médiateur pointe, en vrac, le principe de précaution qui prévaut sur la prise de décision, la gestion de carrière ou la culture du chiffre. Mais surtout la généralisation du traitement de masse, due en partie à l'informatisation.

Symptôme de ce travers, le silence des administrations. Les ministères du Travail, de la Culture ou des Affaires sociales font, à cet égard, figures de cancres. «Ces administrations aux abonnés absents participent du sentiment d'insécurité ressenti par une part de la société française», explique Jean-Paul Delevoye. «Et d'ailleurs, nous n'excluons pas d'établir un classement des administrations en mesurant la qualité de leur accueil.»

Le médiateur déplore enfin les dérives liées à l'ouverture à la concurrence de secteurs comme l'énergie. Censée avantager le consommateur, elle se révèle être une importante source de préjudices. Une information confirmée par l'association 60 millions de consommateurs, qui met elle aussi en bonne place ce type de plaintes au palmarès des litiges les plus fréquents.

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[tribune] Donner de vrais moyens à la Halde ! par Jean-Luc ROMERO*

Déjà 5 ans que la Halde existe et mène son action contre les discriminations. Dans quelques jours, un nouveau président sera même nommé car le mandat de Louis Schweitzer arrive à expiration. Si plusieurs millions de Français se disent discriminés, la Halde n’aura été saisie que par 30.000 personnes en cinq années d’existence et aura rendu 1500 délibérations.

Le bilan de cette instance, rendue obligatoire par les traités européen et notamment une  directive de 2000, est positif mais insuffisant. Il faut dire qu’avec un budget de 12 millions d’euros et un peu plus de 80 salariés, notre Halde fait pâle figure comparée à d’autres instances similaires dans le monde. Ainsi, la Halde coute 0,18 euro par Français quand l’instance américaine coute 0,76€ et surtout celle de Grande-Bretagne 1,27€. Ce manque de moyens est un des grands chantiers du futur président ou de la future présidente. Il/Elle devra s’opposer à certains députés UMP qui essaie de rogner les moyens de la Halde pour, au final, la rendre inopérante : c’est d’ailleurs le désir avoué officiellement de Christian Vanneste. Incontestablement, le combat contre les discriminations a forcément un coût : au gouvernement de montrer sa bonne volonté en dotant notre Halde des moyens dont elle a besoin pour mener efficacement son action. [source : Le blog de Jean-Luc ROMERO]

* Jean-Luc Romero est un homme politique français, responsable d'ONG et écrivain. Il a de nombreuses responsabilités dans la lutte contre le sida (Élus locaux contre le Sida, CRIPS-Île-de-France, membre du Conseil national du SIDA, membre du Comité directeur de VIH en Europe, membre du COREVIH de Paris-Centre, membre du Conseil d'administration de Sida Info Service) et dans le combat pour la légalisation de l'euthanasie où il a des responsabilités nationale (Association pour le droit de mourir dans la dignité) et internationale (World Federation of right to die societies). Il annonce son ralliement à une liste du Parti Socialiste le 7 décembre 2009. Il préfére rejoindre le Parti radical de gauche et fait partie du groupe RAGEAP au Conseil régional. [source : Wikipédia]

Le site de la HALDE ; www.halde.fr
http://www.halde.fr/

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[focus] Droits et santé des personnes transgenres : ça bouge, mais pas assez

source : The WARNING , 23 février 2010  

En octobre 2009 a eu lieu à Montpellier un colloque international centré sur les personnes transgenre et intitulé : « Assises du corps transformé. Regards croisés sur le Genre ». J’y ai été invité à faire une communication en temps qu’historien spécialiste de la castration et des eunuques à Byzance, susceptible d’apporter le regard positif d’une autre civilisation, romaine et chrétienne sur ces questions, la transformation des hommes désirant être reconnus officiellement en tant que femmes aujourd’hui en France passant par une castration. En effet, à Byzance les eunuques étaient considérés comme un sexe à part entière et ils détenaient de très hauts postes de pouvoir à la tête de la Cour impériale et de l’Etat byzantin. Cette conception a été reprise par l’empire ottoman et explique que la transidentité soit considérée différemment en Turquie ou au Proche et Moyen-Orient.

http://www.thewarning.info/IMG/jpg/istanbul.jpg Point remarquable pour la France de nombreuses personnes transgenre non seulement étaient présentes dans la salle mais des personnes transidentitaires ont communiqué à la tribune apportant à la fois la grande richesse du témoignage de leur vécu personnel et de leur expertise dans le domaine transsexuel, en particulier par la voix du « Groupe d’étude sur la transidentité » (GEst). Je tiens ici à dire à quel point cette association a fait avancer le débat par le sérieux de son travail. Il est impossible de rapporter ici l’extraordinaire richesse des communications et des débats, puisque pendant deux jours, les 16 et 17 octobre, des historiens, des sociologues, des ethnologues, de grands médecins et chirurgiens, des juristes, des psychiatres et psychanalystes et les représentant-e-s associatif-ve-s transsexuel-le-s ont communiqué et échangé en toute liberté. Il est rare de voir un tel échange déjà entre de multiples disciplines, tant le champ de la recherche aujourd’hui est spécialisé, et surtout avec des associations.

Il est apparu clair à tous que l’approche des transidentités en France était d’un point de vue institutionnel très marqué par un point de vue occidental, héritier de traditions juridiques, médicales et religieuses, et que cette approche ne correspondait plus aux évolutions de la société par rapport aux questions de genre. En particulier, les décisions au niveau de l’Europe sont très favorables à la reconnaissance des droits des personnes transgenre et la France est en retard en ce domaine. La France de ce fait devra modifier son approche juridico-médicale. Bien des éléments du vécu des personnes transgenres sont méconnus. Est-ce que l’on sait par exemple qu’il est exigé par la justice que le divorce soit un préalable pour une personne mariée désirant obtenir une « réassignation sexuelle ». De plus, le passage par l’opération chirurgicale, qui aboutit à une stérilisation (vaginoplastie, hystérectomie), est nécessaire pour tout changement d’identité. Sans compter toutes les manifestations de transphobie qui affectent la santé mentale des personnes et qui sont légion : remarques blessantes dans la vie quotidienne ou dans les administrations, difficultés dans la vie professionnelle pouvant aller jusqu’à la perte de son travail. Combien de personnes transidentitaires sont-elles encore obligées de se prostituer pour pouvoir vivre et d’être ainsi exposées à la transmission du VIH ? Sans compter que l’on manque de chirurgiens pour pratiquer les opérations de « réassignation » et que beaucoup de personnes sont obligées d’aller à l’étranger, en particulier en Thaïlande et d’engager des frais coûteux ; sans compter les risques sanitaires, pour leur opération et la question du suivi hormonal au cours de la vie. Ne parlons même pas de la situation dans l’Education Nationale où le sujet est quasi-inexistant, en-dehors de quelques initiatives courageuses.

Certes, depuis très peu de temps, le 12 février 2010, un décret du ministère de la Santé fait que la transidentité n’est plus considérée comme une « affection psychiatrique de longue durée ». Ceci doit nous rappeler la déclassification de l’homosexualité des maladies mentales au début des années 1980, début d’un long processus vers l’égalité des droits et qui n’est toujours pas parvenu à l’égalité complète. De ce point de vue, à Warning, nous soutenons la dépsychiatrisation totale des transidentités, exigeant notamment le retrait par l’Organisation Mondiale de la Santé – comme l’homosexualité en son temps – des « dysphories de genre » de la CIM 10 (Classification Internationale des Maladies).

http://www.thewarning.info/IMG/png/homme_femme.png Mais la France demeure encore très en retard pour que la transidentité soit enfin reconnue comme une identité à part entière et plus comme une pathologie individuelle ou sociale. Il est nécessaire que les associations de personnes transsexuelles soient véritablement associées à l’élaboration des politiques publiques qui concernent les transidentités et le vécu des personnes.

De fait, la Haute Autorité de Santé doit reconsidérer son rapport intitulé « Situation actuelle et perspective d’évolution de la prise en charge médicale du transsexualisme en France » qui vient d’être rendu public. Le chapitre intitulé « Expérience en vie réelle » est à l’évidence insuffisant. Ce chapitre présente la période durant laquelle « le patient est censé vivre dans le rôle du sexe désiré », y compris « dans les activités quotidiennes sociales et professionnelles ». De plus l’administration d’une hormonothérapie relève notamment de la décision des « équipes soignantes » et « les membres de la famille doivent être informés des changements imminents ». On reste abasourdi devant une telle accumulation d’atteintes graves aux droits de la personne. Il est surprenant qu’un thème aussi crucial ait pu être traité de façon aussi succincte, alors qu’il devrait être l’objet d’une véritable exposition des arguments des différentes associations et des témoignages, d’une prise en compte des avis émis par les différentes instances européennes et en particulier de l’avis et des recommandations du commissaire aux droits de l’homme du conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg. Il y a là, au vu de l’expérience et de la pratique des rapports sur le VIH en France, une faiblesse évidente.

http://www.thewarning.info/IMG/jpg/babyfoot-4.jpg Le respect de la liberté et de la dignité des personnes n’est tout simplement pas garanti dans ce rapport. La toute puissance des « équipes soignantes » instituées n’est pas remise en question, les personnes transgenre restant seules devant de tels pouvoirs. Tout ceci nous remet en mémoire quels combats les gais ont dû mener pour que les personnes séropositives ne soient plus seules face aux pouvoirs médicaux, qui vivaient sur des conceptions pathologisantes de l’homosexualité, dans les années 1980. Le ministère de la santé ne peut pas ne pas remettre cette question en discussion, cette fois avec un véritable travail avec les associations. De même, le rapport n’envisage pas sérieusement le non-recours à la chirurgie transformatrice. Avancer le fait que le changement d’état-civil aujourd’hui est refusé aux personnes n’ayant pas été opérées pour imposer l’opération et donc aussi une stérilisation, n’est pas un argument suffisant. En effet, on peut aisément inverser cet argument : la réalité des réassignations de sexe sans recours à la chirurgie, par le traitement hormonal, obligerait à reconsidérer la question de l’état-civil.

Pour ceux qui voudraient en savoir davantage nous invitons à se rendre sur le site du GEst et celui de l’association Chrysalide. Signalons également le dossier dans Libération daté du vendredi 19 février 2010 et intitulé « Transsexuels. Comment lever le tabou », ainsi que le Manifeste Transidentités que le collectif québécois PolitiQ-queers solidaires ! vient de réaliser à la suite de consultations avec les associations trans du Québec : www.politiq.info : rubriques « Réflexions » (ou ci-dessous).

Manifeste Transidentités de PolitiQ-queers solidaires !

lien de l'article : www.thewarning.info/spip.php?article305
 
CONSULTER aussi > Différences (blog de RÉFÉRENCE FRANCOPHONE consacré à la TRANSIDENTITE) > http://caphi.over-blog.fr
Revue de presse et de blogs, vous y trouverez toute l'actualité autant en France que partout dans le monde ainsi que des dossiers thématiques sur cette population discriminée, objet autant de fantasmes que de rejets et pourtant si peu (et surtout) si mal étudiée ou trop souvent maltraitée par des médias racoleurs.

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